" Les machines n’ont plus le pouvoir. "
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Ecrit le 14 avril 2009 par Thibaut Le 29 Avril prochain se déroulera au Batofar la deuxième partie du projet « Résidence(s) 3 ». En collaboration avec l’association de musique acousmatique Motus, Vadim Vernay prépare ce concert « immersif » avec un orchestre de hauts parleurs qui feront prendre une tout autre présence au son et à sa musique. Avant son concert, gratuit et soutenu par hi-nu, je lui ai posé quelques questions sur son travail et ses premières impressions. Comment s'est déroulé ce travail avec le collectif Motus ? As-tu appris beaucoup (interprétation, profondeur, diffusion...) ? La rencontre s'est faite en plusieurs étapes. Une approche lente et progressive. On s'est d'abord rencontrés lors du festival Patchwork 2008 (Taverny). Nous savions déjà que le projet de création allait avoir lieu. Ca a donc été l'occasion de tester certaines choses, de voir ce qui fonctionne sur un outil comme l'acousmonium, et ce qui, au contraire ne fonctionne pas. Ca a permis de visualiser un peu mieux l'installation. En fait, ça m'a surtout permis de me rendre compte que pour bien utiliser l'acousmonium il faut une création faite en connaissance de cause. Nous nous sommes ensuite rencontrés à plusieurs reprises. Il fallait un peu mieux que je comprenne le pourquoi et le comment. L'acousmonium créé à la base à la fin des années 70 est un système d'une trentaine de hauts parleurs. Chaque paire de haut parleur à évidemment sa spécificité. Le placement des hauts parleurs n'est pas non plus fait au hasard. Et enfin, il y a le rôle de l'interprète derrière l'acousmonium, qui va ajouter le mouvement dans le son. Il fallait que je visualise clairement tous ces processus pour pouvoir aborder une création spécifique. Après ces quelques réunions, Thierry Wilmort, le vidéaste qui m'accompagne et moi avons pu commencer à poser certaines pistes pour la création tenant compte des différentes "contraintes" : multidiffusion, spatialisation, mouvement... Aujourd'hui nous en sommes à l'étape de création proprement dite. Ca reste un travail solitaire malgré tout. J'apporte le son et nous travaillons actuellement au tournage des vidéos qui seront diffusés. La prochaine étape, celle qui se fera lors des deux semaines de travail au Batofar sera l'adaptation de cette création à une diffusion acousmatique. Là il s'agira de répartir les différentes lignes musicales pour placer chaque chose à sa juste place, de créer le mouvement, le jeu... Peux-tu me raconter le plaisir suscité par l'écoute de ta musique avec ce travail énorme de diffusion (sur plusieurs haut-parleurs) et d'acoustique ? Très concrètement, lorsqu'on fait passer un orchestre avec plus d'une trentaine de voix (ensemble des cordes, des vents, des cuivres, des percussions...) sur deux voix stéréo... C'est quand même un peu serré pour tout ce monde. Ne parlons même pas d'écoutes au casque, en mp3 ou sur des enceintes d'ordinateur. Ce sera le travail du mix de recréer l'espace, les dynamiques, les mouvements du son... Dans un groupe, ce sont les musiciens qui redonnent cette dimension à la musique. En électro, et en particulier lorsqu'on travail avec un ordinateur, et non avec des machines, la sortie reste généralement stéréo, même si la composition est faite d'une centaine de pistes. D'ailleurs, dans les salles de concerts plutôt rock ça à tendance à faire sourire les techniciens sons lorsqu'on ne demande qu'un stéréo alors que le premier groupe venu à besoin des 12 ou 24 pistes. Là, avec l'acousmonium, et déjà avec des systèmes plus simples de multidiffusion, il est possible de conserver une distance réelle entre les sonorités. C'est dans cette distance entre les sons que va se créer le jeu et la cohésion de l'ensemble. Le plaisir du son, c'est quelque chose que tu as toujours aimé je crois ? Le faire partager au public sous cette forme est très excitant ? Sur le papier ça peut paraître très technique, mais ça n'influe finalement que sur du sensible. Et je le prends comme tel. Mon amour du son ne me pousse pas vers la technique pour la technique. Les outils, l'interprétation, la qualité du rendu... tout ça n'est au service que de l'émotion que peut véhiculer un son, une ambiance. Là, l'outil de diffusion permet d'exprimer les choses plus précisément. Certains éléments de la palette qui ont tendance à être écartés d'un mix stéréo peuvent prendre plus d'importance. Ca laisse peut-être plus de place à des choses qui pourraient paraître annexes. Par contre, sur un tel dispositif, la place de chef d'orchestre doit être pleinement assumée. C'est excitant mais la place est loin d'être la plus facile que j'ai connue. As-tu pris plus conscience du rôle de l'auditeur dans l'espace en faisant ce travail de diffusion immersive ? L'envie a toujours était là. Du premier album de plus de 20 titres qui obligeait nécessairement à prendre le temps de plusieurs écoutes aux concerts où l'on ne me voit qu'après 30 minutes... Tout ça est un jeu avec l'auditeur. Je crois que j'essaye de le placer un peu seul face à la musique. Qu'il n'y ait pas d'interférence. Rien d'autre que l'intention. L'auditeur est au centre. Par contre avoir les moyens techniques de mettre cela en oeuvre, ça pousse la créativité et les méninges dans leurs derniers retranchements. Je crois que c'est plutôt dans la précision des sons, des images, des atmosphères véhiculées que ça m'a fait avancer. Penses-tu que l'on devrait avoir plus souvent recourt à ce procédé de diffusion notamment dans les musiques électroniques ? Le cinéma a été un énorme moteur pour toutes ces questions de spatialisation. C'est déjà une norme dans la plus part des grosses salles de cinéma. Il y a bien eu la mode du surround à la maison. Mais quelque part on parle quand même d'un luxe et spatialiser le son c'est aussi le rôle d'un bon mix. Reste qu'une fois qu'on y a goûté ce n'est pas facile de revenir à une stéréo classique. On sent très vite qu'il manque quelque chose de taille. Là où la chose est intéressante dans les musiques électroniques c'est lorsque cela pousse le musicien à assumer pleinement son rôle de compositeur, de chef d'orchestre au milieu d'un orchestre de 20 haut parleurs tous différents. On parle bien de ça, composer de la musique, orchestrer, arranger, qu'elle soit dancefloor, orchestrale ou même expérimentale. Là ça peut donner des choses géniales, parce que les machines sont au service d'une intention artistique. Et pas l'inverse. Catégories : interview |
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