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Gonzales

Gonzales n’aime pas se répéter : « refaire un album de piano, c’est comme refaire mes propres pas ». Sa marque de fabrique serait la surprise et le goût du risque. En grossissant les traits de sa personnalité, il se met en scène en entier, aux risques de créer quelque chose de surprenant. Un goût pour la théâtralité qui privilégie le moment avec le personnage …..Mais privilégie l’instant présent avec le public.


L’âme d’un Entertainer

Gonzales : Nous avons des idées traditionnelles de l’entertrainer. Quand je fais une interview je vous montre mon respect de faire quelque chose de bien, pour ne pas faire semblant que je fasse cela à la bourre. Pour moi, c’est un signe de respect, de bien s’habiller pour tout le coté médiatique. Jamie Lidell partage cette vie. Il y a une différence entre artiste et entertainer. Jamie et moi, nous nous voyons comme des entertrainer. Avec Philippe Katerine, Teki latex, on est comme une équipe de foot. Pour nous, ça ne suffit pas de juste faire de la musique, puis de ne pas être intéressant, de faire semblant qu’il n’y a pas de coté superficiel. Car il y a le coté superficiel, c’est la partie que l’on aime le plus. Mais c’est une histoire de respect, mais c’est très vieux, même Mozart à l’époque se présentait à la cours royal. Il s’habillait bien, une perruque bizarre et se mettait en scène. Salieri, son rival de l’époque est l’équivalent du chanteur authentique d’aujourd’hui, qui croit que seule la musique suffit. Ces gens seront mis à coté car ils ne s’amusent pas vraiment, ils croient que se faire plaisir est suffisant . Si l'artiste c'est ça, je ne me retrouve pas dans cette définition. Parce que pour moi, je peux me faire plaisir tout seul chez moi avec mon piano, et faire des morceaux inécoutables. Mais si je fais un album pour être consommé par des gens, pour être écouté par des gens, je privilégie l’acte de communication et privilégie l’idée que la musique plaise aux oreilles tout simplement. Enternainer, c’est plus quelqu’un qui privilège cette transaction entre performer et son public.

David Axelrod + David Axelrod = Gonzales

Déjà, Merci. Plein de gens me citent d’autres références qui me plaisent beaucoup moins. David Axelrod, je suis très fan! David Axelorod, actuellement, c’est le manager de campagne de Barack Obama. Et en fait, je suis fan des deux. On peut dire que cet album, musicalement, fait penser à David Axelrod. Dans les textes et dans le comportement du message, ça fait penser à l’autre David Axelrod, le manager de la campagne de Barack Obama. Parce qu’en fait, le soft Power, c’est la combinaison de la musique fantastique mais à la base de la musique douce mais ça veut pas dire qu’elle n’est pas gentille non plus. David Axelrod et Curtis Mayfield sont des arrangeurs très virtuoses et c’est vrai que la comédie musicale est quelque chose qui coule dans mon sang. J’en ai écrit quand j’avais 17-18 ans, j’écrivais des comédie musicale avec mon frère, j’en ai écrit deux. Et en général ,l’idée de faire du théâtre est quelque chose qui m’attire parce que lorsqu'on on voit une pièce de théâtre, tout simplement on accepte que ce n'est pas la vérité. On sait que le mec habillé comme Jesus christ superstar est un acteur. Alors je ne comprend pas pourquoi on exige que Gonzales soit lui même. Donc, avec les musiciens, le public a créé une sorte d’exigence bizarre selon laquelle ils doivent être eux même. Je trouve ça injuste et triste. Et je trouve surtout que le résultat, quand les gens sont encouragés à être eux même c’est «fucking boring ». Et quand on voit des chanteurs qui s’habillent un peu comme il s’habille le même jour et va sur scène en disant : ouais, je ne calcule pas donc je met juste ce que je porte là sur scène. Mais je me dit « quand même tu calcules, puisque t’as fait le choix d’aller sur scène et t’as fait le choix le moins intéressant, avec le moins de phantasme » Donc, le théâtre je crois que c’est beaucoup plus une influence sur la musique en faite. Donc la comédie musicale, c’est tout à fait possible que j’ai ça toujours derrière la tête.

Se montrer à nu

C’était un risque pour moi de faire un album chanté et quelque part ce que j’aurais pu faire de plus dangereux. En ayant travaillé avec des chanteurs comme Feist, Jamie lidell ou Charles Aznavour, si je voulais être un idiot et me dire « quel est le truc le plus ridicule que tu peux faire maintenant? » et bien c’est peut être de faire un album chanté. Je suis toujours attiré par le risque et par le choix idiot. Ça me met en danger, en challenge, ça m’enlève le coté confort. Surtout avec « Solo piano » et mes réalisations. Il y avait une réelle tentation de devenir trop confortable dans ce rôle de pianiste, producteur pour les gens et mettre de coté le personnage de Gonzales. Alors je me suis dit, faut que je me mette plus en danger et c’est quoi le truc le plus inattendu. C’est en faite de me mettre à leur place. Plein de gens auraient cru que j’aurais fait un album avec tous mes guests. J’ouvre mon portable et je fais un album avec des featuring. Mais j’ai vraiment voulu essayer de trouver une façon de chanter mes sentiments même si ils ne sont pas des sentiments qui se prêtent à première vue à des chansons normales. J'ai voulu aussi trouver des chansons qui ne sont pas mieux chantée par Feist, ni par Jamie. Ce n’est chantable que par moi. Et ces deux chanson (« apology » « singing something ») ont quelque chose de très vulnérable dans les textes et c’est là où je révèle des sentiments les plus sincère surtout sur « singing something ». Ca parle du fait que c’est dur à chanter et que pour moi de chanter c’est comme me montrer tout nu.

Chaque fois que je chantais ces morceaux, j’ai chanté tout tout seul, ce sont un peu les premières prises. Il y a peut être un manque de sûreté, mais c’est vrai que je découvre la façon de chanter pendant l'enregistrement. Et quelque part, plus j’ai chanté ces morceaux, comme c’était des sentiment hyper dur, je suis toujours retombé sur les première prise en disant : même si il y a des erreurs et que c’est un peu faux, au moins, j’ai l’impression que j’écoute quelque chose de vrai. Plus j’essayais de maîtriser, plus j’avais l’impression de chanter n’importe quel morceau. Donc, il y a beaucoup de voix sur l’album, sur des premières prises pour cette raison là. Il y avait peut être le travail de Renaud Letang qui a rendu tout cela écoutable.

Un projet de vie

Disons que le métier d’ Entertainer c’est ça : partir d’une base de réalité, de la gonfler, de l’exagérer et de la rendre drôle et poétique. Je ne choisi pas un rôle aléatoirement. Je ne vais pas dire maintenant, je suis un mec en chapeau de cow-boy et je fais une musique, je n’ai pas une vie qui se prête à faire ça. Par contre, j’ai une vie professionnelle, une réalité, d’être dans le système de la musique, signé chez un grand label. Qui fait que je fait un album plus comme ça : chanté, avec des vrais instruments, un album pas bricolé, avec des moyens, des cordes, saxophone. C’était une vraie réflexion de ma réalité que j’ai essayé de gonfler, d’exagérer. Comme l’album de piano où le rôle de pianiste est venu du fait que j’étais nouveau à paris, je parlais très peu, j’avais une vie un peu solitaire, je n’étais pas complètement français. En fait j’étais vraiment très seul pendant les deux ans où j’ai fais « Solo piano », donc j’ai fait un album de solitaire. Et après j’ai eu une vie très professionnelle, très « dans le système » donc j’ai fait un album professionnel « dans le système ». A chaque fois je fait un album qui est une exagération de ce qui se passe et c’est ça le métier de l’Entertainer, sinon t’es un clown et tu fais des parodies et tu te dis bon maintenant j’incarne ça. Mais un personnage est touchant quand ont sait que c’est basé sur quelque chose de vrai. C’est pour ça qu’on est touché par Borat de Sacha baron Cohen, c’est pour ça qu’on est touché par Andy Kauffman. Ce sont des gens qui font des personnages mais on sait qu’ils ne pouvaient pas les jouer de façon aussi convainquante sans qu’il y ai un vrai noyau de réalité. Donc même les cotés détestables de Gonzales, en faite ce sont les cotés détestables de Jason Beck gonflés et exagérés, rendus drôles, rendus horribles mais rendus « divertissantes ».

Thibaut Villemont


Interview Gonzales
En savoir plus sur Gonzales
Canadien installé à Berlin, Gonzales fait connaissance de Peaches en 1999 et par la même occasion du label kitty – Yo. Après avoir sortie quelques disques sous un autre pseudo, son premier disque « O.P. Original Prankster » sous Gonzales sort en 1999 sur Kitty – Yo. Puis il récidive en 2000 avec l’album « Uber Alles » qui fait l’unanimité dans toutes les rédactions. Fin 2000, il fait un bon dans le Hip-Hop avec « The Entertainist » pour s’approprier un nouveau plublic. Il revient en 2002 avec le surprenant « Presidential Suite » .
GONZALES est en quelque sorte l'amuseur du futur: il combine hip-hop, electro-funk ,lounge, pour créer ses pastiches musicaux ironiques et souvent surréalistes.

crédits photos © DR





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