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Justice

Gaspard et Xavier entrent en scène. Surélevés pour mieux dominer la foule. L’un, frisé, veste sur polo chocolat brodé d’un logo ed banger doré, l’autre, coupe plaquée, cuir noir retroussé et montre dorée. Léger regard au public, premier cut sur le Justice remix du « waters of Nazareth ».











Justice
Interview avec Xavier de Rosnay et Gaspard Auge

Gaspard et Xavier entrent en scène. Surélevés pour mieux dominer la foule. L’un, frisé, veste sur polo chocolat brodé d’un logo ed banger doré, l’autre, coupe plaquée, cuir noir retroussé et montre dorée. Léger regard au public, premier cut sur le Justice remix du « waters of Nazareth ». Le duo démarre. A la différence d’un John Lord Fonda passé quelques heures avant, Justice ne fait pas dans le tapage facile. Très fragmentés et éclaboussants, les morceaux s’enchaînent sans se ressembler. Parfois, Xavier mixe, allume sa clope en fin de break avant l’explosion, c'est trop fort....... (30/04/2006 au Printemps de Bourges)

Je ne sais pas d’où vous venez. Venez-vous du rock ? Etes-vous un duo electro qui met une dose de rock dans sa musique, ou bien l’inverse ?

X : Gaspard a une grosse culture rock. Beaucoup plus que moi, et moins honteuse que moi à cause de mon frère qui écoutait du rock alternatif Français dans les années 90. J’ai dû en prendre en peu mais je ne pense pas que ça m’influence. Mais plus qu’une culture rock, nous avons une culture pop en fait. Pop dans le sens musique populaire, et pas musique intégriste. On essaye finalement de faire de la musique électronique pas forcément facile …
G : Fédératrice
X : Oui, on a toujours l’espoir que des filles de 14 ans qui n’écoutent pas du tout ça puisse écouter notre musique.

En faire un tube pour salle des fêtes ?

X : Non non
G : Mais si si si, souvient toi dans le sud … la ville
X : Oui, c’est vrai, il y a une ville dans le sud, dans les Pyrénées orientales, où la fanfare du village reprend « Never be alone » sur la place principale. On a reçu une vidéo de ça, et c’est assez dingue. C’est une grosse feria et le groupe reprend le morceau. Les gens sur la place le connaissent par coeur et quand le groupe commence ils font : « We », il coupe tout et les gens chantent après.
A : Si je peux me permettre, ils connaissent le morceau car la boîte la plus proche est la boîte de Corti, la Scatola. Il soutient ce morceau. (Merci !)
X : Et c’est vrai que sans courir après, tu n’es jamais à l’abri d’un truc comme celui- là, même si on en a pas vendu des millions et pas encore acheté de maison. Mais il y a plein de tubes qui ont été faits par hasard. Ca a fait des morceaux-blagues, pas comme nous, qui sont devenus des gros hits.

J’ai remarqué, comme le groupe I Love UFO, que vous utilisez la croix comme visuel. Y a-t-il un rapport avec l’imagerie chrétienne, les croisades ….

X : A bon, ils utilisent la croix,

Oui, sur leurs dernières affiches.

X : Ils nous ont copiés ! Ce sont des grands fans de Justice, on les connaît un peu. Mais la croix, c’est assez basique et on n’est pas les premiers.

Mais le fait de faire une « christian music », le terme de croisades employé, c’est aussi un thème fédérateur.

X : Oui, en fait, c’était l’idée du maxi bien avant que l’on fasse la musique. On voulait faire quelque chose de plus ou moins lié au christianisme ou à la religion. Mais après, c’est pas le concept derrière Justice. C’est spécialement pour ce maxi. Le logo, on va le garder comme ça, mais je ne pense pas que l’on va poursuivre dans cette voie- là.

Dans un petit magasin anglais gratuit, il était écrit, « The french are back again ». Elle est pour quand la véritable invasion de cette scène parisienne ?

X : Je ne sais pas. C’est vrai qu’il se passe un mini truc à Paris.

Contrairement à la province, où la musique électronique s’enterre dans des choses de dépressifs, je sens qu’il y a quelque chose de nouveau avec vous, mais ça ne déborde pas.

X : Non non, mais c’est un mini truc et on aimerait bien que les français soient de retour une nouvelle fois, mais c’est évident que ça n’aura pas le même impact et la même portée qu’a pu avoir la french touch avec Daft Punk et Cassius en 1997. Et notre impact est vraiment dérisoire comparé à eux. Ce n’est pas la même chose qu’il y a 10 ans mais il y a un truc intéressant qui se passe.

Est-ce que c’est un futur album qui pourrait être le déclencheur ? Avez-vous peur de faire un album alors que vous êtes habitués à des titres ou des remix plus orientés dancefloor ? Un album dans son concept vous fait-il peur ?

X : Non, car la plupart des remix qu’on a fait ne sont pas très club. A part « Never be alone » qui fait un peu danser les gens, on n’a pas fait beaucoup de remix dancefloor. La plupart des remixs qu’on a fait étaient soit trop rapides, soit trop lents ou trop cassés pour être joués. Et il y en a finalement très peu qui ont été joués. Mais à chaque fois on appréhende ça plus comme des morceaux à écouter chez soi que comme des morceaux « dance ».

Oui, mais quand on fait la connexion avec les soirées Toxic, leurs musiques ne sont pas très rapides mais ça donne envie de bouger.

X : Oui, bien sur, mais les soirées Toxic sont vraiment mortelles. Sans faute de goût. On est super fan et ça concerne finalement pas beaucoup de monde. Mais quand on joue en DJ, on n’a jamais envie de jouer nos remix et on segmente la « dance » (c’est pas péjoratif) de la musique que l’on écoute. Et c’est vrai que ce que l’on fait, c’est de la musique que l’on peut écouter chez nous.

Comment vous partagez-vous la tâche en studio ? Qui manie le mieux les filtres, les compresseurs ?

X : Gaspard fait les cafés et moi je mets les sucres dans le café. Et après il touille. Non non, on n’a pas vraiment de rôle. On fait tout plus ou moins à deux. Après, j’ai un peu plus de facilités car j’ai bossé bien avant lui sur les machines. Je m’occupe plus de cette partie-là, mais globalement ont fait tout à deux. On n’a pas de rôles prédéfinis.

Construisez-vous votre musique de façon minimale : basse électronique, batterie et éléments additifs pas trop chargés ; à la différence des artistes qui multiplient les couches ?

X : Ca dépend vraiment des trucs que l’on fait. On a fait un remix pour Mystery Jets un peu à la Elton John ou Billie Joel. On a d’abord commencé par chercher la musique qu’il y aurait derrière, avec un pian,o puis on a construit le morceau autour. Mais un morceau comme « Waters Of Nazareth », c’est juste du bruit de fond saturé et découpé. Donc dans ce cas-là, on procède à l’envers. On fait des riffs puis on tombe par hasard sur une saturation qui donne quelque chose de bien, et on suit. On n’a pas de véritable formule, ça dépend de leur destination.

Pendant la vague French Touch, on parlait de House Filtré, avec vous peut être de rock filtré. Comment est venue cette fusion ?

X : Je ne considère pas vraiment ce que l’on fait comme du rock.

C’est juste le fait qu’il y ait la distorsion qui me fait employer la connotation « rock » …

X : C’est finalement de la « dance », mais plus rock qu’autre chose.
X : Les Daft avec « Discovery » et les 2 Many dj’s ont pas mal décomplexé les gens sur ce qu’ils aimaient et sur ce qu'il était cool d’aimer. Et maintenant, plus personne ne se pose la question de savoir si ce qu’il aime est de bon goût ou pas. C’est vrai que les mélanges se font plus facilement. Ce n’est pas spécifique au rock. Le mélange se fait aussi avec le hip-hop et l’électro.
G : C’est vrai qu’en ce moment, les gens ont les oreilles un peu plus ouvertes, et sont moins dans leurs chapelles : que du hip-hop, que du rock...
X : Le rock est à la mode depuis 4/5 ans et ça aide aussi pas mal.

C’est aussi le fait d’être complètement libres dans ce que vous faites. C’est direct, ce n’est pas retravaillé, enfin vous ne le montrez sans doute pas. On n’a pas l’impression que c’est retravaillé minutieusement en studio pendant des semaines pour un produit trop clean.

X : Le but c’est de toujours faire croire que tu as fait des morceaux en 10 minutes alors que t’as passé des mois à ne plus en voir la fin. On travaille quand même un peu. Ca serait mentir de dire qu’on torche des morceaux en 10 minutes et c’est magique. Mais on a un coté un peu « rough ». La musique électronique, c’est tellement froid que si il n’y a pas ça, c’est difficile à écouter.

Vous créez quelque chose d'à la fois rétro et moderne. Comment réussissez- vous à faire ce mariage ?

X : Le rétro (montrant Gaspard), l’homme moderne (se montrant) c’est aussi simple que ça. On ne peut pas s’empêcher d’être influencés par tout ce que l’on écoute.

Oui, mais le résultat final n’est pas rétro finalement, sans doute intemporel

X : C’est-à-dire qu’on fait de la musique super influencée par des choses anciennes, mais avec des outils d’aujourd’hui. On essaye de faire du pseudo-neuf avec du pseudo-vieux. En fait, c’est juste faire de la pop avec les outils d’aujourd’hui : ça crée forcement des choses qui sonnent de cette époque mais c’est juste l’utilisation de l’ordinateur qui donne ça. Si on avait un studio, comme il y a 20 ans, ça sonnerait différent et c’est juste la réduction du matériel que tu utilises qui pousse à ça.

La première fois que j’ai entendu « one minute to midnight », j’ai pensé à Jean Michel Jarre. Est-ce que j’avais raison ?

X : Pas faux pas faux, il y a du Jean Michel Jarre mais surtout du John Carpenter. Mais c’est possible qu’il y ait un relent de Jean Michel Jarre derrière tout ça.
G : Jean-Michel Carpenter.
X : Il a trouvé la bonne formule. On ne déteste pas Jean Michel Jarre, donc c’est complètement possible. C’est une symphonie pour synthétiseur.

Allez-vous faire des prestations live, continuer les dj set ?… Qu’est-ce qui vous excite le plus dans tout ça?

X : Il faut que l’on finisse notre album et après on ira tout de suite répéter pour le live, mais ça ne nous empêche pas de faire DJ en même temps puisque c’est deux types d’amusements différents. Mais oui, on va se mettre à faire des live nous deux.

Ca va être quoi la solution pour garder la même énergie que sur disque ?

X : Aucune idée. La seule chose dont on est à peu près sûr, c’est qu’on peut garder l’énergie de la musique seulement si on le fait avec des machines, et donc on va pas transformer Justice en groupe de rock. En dehors de ça, on n’a aucune idée de ce que l’on va faire pour l’instant.

Dans votre tournée en Dj set, quels étaient les publics les plus hystériques ?

G : Les anglais
X : L’Angleterre, les autres pays aussi c’est super, mais plus tu vas vers le nord, plus ils sont hystériques. Parce que plus tu vas dans le nord, et plus l’alcool est présent dans leur culture. Ils boivent vraiment énormément et prennent énormément de drogues de synthèse, donc ça donne un public hyper réceptif. Il faudrait plus de drogues en France (rires) mais on est pas du tout dans la drogue … on va se faire assassiner … La drogue fait partie de la culture club et une fête sans drogue n’existe pas. C’est un peu triste mais le meilleur public est le publique drogué. Les Irlandais en tête.

G : Les Irlandais qui d’ailleurs ont été élu « peuple le plus laid d’Europe ». C’est vrai, c’est vrai !
X : Je ne sais pas si tu connais le jeu « Qui est-ce ? ». En fait en Irlande …
G : Ils ont tous la tête de Hermann.
X : Le roux avec le grand menton. Non mais c’est vrai, la première fois qu’on est allé en Irlande, en montant dans l’avion, c’était vraiment « Qui est-ce ? ». Tout le monde était sur des petits sièges alignés et avaient vraiment ces têtes….

Thibaut @ hi-nu

http://www.myspace.com/etjusticepourtous

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