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Kyle Field

Kyle Field voulait que ça s’appelle comme ça : « un œil dans la nuit » et pas « an eye in the night » qui est un jeu de mots inexplicable maintenant inscrit en orange sur la porte vitrée de l’atelier Cardenas Bellanger. Il le voulait en français parce que ça se passe en France mais finalement c’est peut être mieux ainsi.



Un œil dans la nuit

(Daniel Higgs, Little Wings + Herman Düne)

Kyle Field voulait que ça s’appelle comme ça : « un œil dans la nuit » et pas « an eye in the night » qui est un jeu de mots inexplicable maintenant inscrit en orange sur la porte vitrée de l’atelier Cardenas Bellanger. Il le voulait en français parce que ça se passe en France mais finalement c’est peut être mieux ainsi.

Carlos Cardenas a l’accent joyeux, porte des vans slip-on à damier rouge et blanc et prend des photos de l’extérieur de la salle avec un pied. Sur l’ordinateur, un fond d’écran avec un dessin de Kyle Field. Il est partout. Allant à droite et à gauche dans la salle avec son t-shirt sérigraphié d’un cerf du North Dakota.
Tout cela accompagné par le son des Pringles, becs de canards croustillants dans la bouche d’une petite fille de futurs acheteurs. « Alors, lequel tu as pris ? ». Au fur et à mesure, les verres se vident et les étiquettes rouges se collent sur la liste des œuvres dont la côte grimpe d’expositions en expositions. « Il est beau hein ? »
Au milieu de tout ça, des fûts de batterie et des percussions. Trois amplis, une guitare et une basse attendent patiemment à l’endroit le plus large de la galerie. Il faut contourner ce petit ensemble pour regarder de plus près certaines œuvres de Kyle, ce qui est souvent fait en pointant du doigt tout en tenant son verre, les grands formats (qui ont beaucoup de succès).

Circulant régulièrement dans la galerie depuis le midi, Daniel Higgs est là, avec son bonnet bleu marine, essuyant quelques regards d’étonnement. Il est tatoué sur tous les endroits visibles de son corps, des lettres sur les mains –FAST- des signes de cartes à jouer. Des tatouages vintage qu’il s’est fait lui-même : noir et rouge pour les flammes et les fleurs, vert pour le serpent et les feuilles. Il a la peau usée, très bronzée et privilégie les chaussures confortables. Mais quand il s’installe et pré amplifie sa guitare par un dictaphone pourri pour lui donner cette distorsion effrayante, il plonge déjà le public dans une autre dimension. Il trempe le bout de ses doigts usés dans une petite boîte de colophane puis règle l’ampli jusqu’au larsen avant de démarrer.
Les cordes se tordent, sont malmenées, des combinaisons s’enchaînent, se stabilisent. Daniel Higgs pique et tire pour sortir de sa guitare montée d’un micro Dean Markley décoré, un son d’une rudesse et d’une tension visible jusque sur les lèvres de sa bouche grimaçante. Ensuite, il sortira d’une de ses grandes poches, la guimbarde qu’il viendra poser entre ses dents tout en gardant l’autre ampli à la limite. Soufflant, vibrant, le petit objet de métal utilisé avec technicité va lui-aussi passer par l’improvisation.
Ensuite il reprendra sa guitare. Pour ce dernier morceau, Daniel Higgs sortira de sa poche une feuille de carnet quadrillée qu’il déploiera et jettera juste devant ses pieds. Sur chaque ligne, une bribe de phrase ou quelques mots pour se souvenir des paroles fraîchement composées. Les yeux sont fixés. Sans trop regarder autour, il rangera sa guitare précieusement dans la boîte et Carlos criera une dernière fois son nom pour les applaudissements supplémentaires, mais ça ne sera jamais assez. Il s’éclipsera, laissant tout ceux qui l’ont bien voulu, encore sous le choc d’une telle vision.

Alors on change de position. Qui aurait pu penser tant de monde dans un endroit si étroit.

Quelques instants plus tard, Kyle Field passe la sangle badgée « no meat » de la SG rouge prêtée. Il n’a pas pu emmener la sienne, et de toutes façons il n’a pas de guitare électrique. Juste une acoustique et une basse qu’il a quand même emportée dans l’avion pour les dates de la tournée anglaise avec Viking Moses. Le backing band est composé de deux Herman Dune : le grand barbu (Yaya) à lunettes « branche sur pattes » à la Mustang bass noire. Le plus petit à la casquette de « farmer » (Neman) s’occupe des percussions. Même les micros estampillés Waterhouse recordings sont en place pour enregistrer la performance. Car on peut bien ici parler de performance, ils ne le referont pas deux fois. Les appareils photos sont là pour marquer l’évènement.
Ca y est. Après les premières notes, on peut toujours essayer de reconnaître la chanson grâce aux accords familiers de sa « chordothèque enchantée ». Ensuite, c’est avec certains couplets que l’on peut l’identifier. Mais ça n’a pas grande importance puisque jamais elle ne sera rejouée à l’identique. Les albums viennent glacer des morceaux d’une seule fois.
Kyle Field a SA voix. Haute et medium. La réplique lyricale à sa voix grave parlée. Debout. Près du micro, à la guitare ou à la basse quand l’autre doit être accordée sur le petit bloc gris. Mellow comme à chaque fois, Little Wings n’a pas de mal à atteindre l’effet inverse du parc d’attraction dessiné en face, une secousse douce et intérieure. Les cheveux ne bougent pas. Juste quelques cils se frôlent. Assez rarement tout de même, il ne faudrait rien perdre du spectacle. Ne pas rater l’étoile filante. Cinq chansons avec leurs résonances sur les murs, un écho bleu turquoise sur fond crème, pris dans le tourment d’une fin de vague bouillonnante.

joey

Photos Carlos Cardenas

Interview de Kyle Field

Un sweater bleu turquoise et des yeux aussi bleus. Kyle Field a la barbe fine et les cheveux cuivrés. Depuis le milieu de matinée, il dessinait sur le bord du bureau de la galerie, des dessins « pour offrir », sur petit format trempant son pinceau dans sa boîte de couleurs (ocre, rouge, jaune/vert, bleu turquoise, bleu marine, marron, noir) puis dans le verre d’eau très foncée car le début du dessin était à l’encre noire. Une des différences visibles sur ces dessins est le fait d’avoir coloré avec la même eau que le noir ou pas. Pendant toute la durée de la rencontre il dessinera, passera une fois le pinceau dans sa bouche, le posera, se lèvera pour expliquer avec plus de précision la hauteur des vagues… Il a sa veste matelassée bleue, porte des bottes car il pleut. Il les échangera contre des semelles à ficelle de cuir. Quand Kyle réfléchit et que sa voix monte, on retrouve les intonations de ses chansons

« J’ai grandi pas loin de Los Angeles, à une demi heure de l’océan, ce qui a une importance pour moi depuis que je suis petit. Dans une sorte de banlieue. On prenait nos vélos et on allait à la plage toutes les semaines. C’est comme ça que je suis tombé très amoureux de cette sensation d’être dans l’eau.

Alors vous avez grandi avec le surf, la guitare…
C’était plus tard la guitare. J’ai commencé à jouer de la musique à 19 ans. Mais j’ai toujours dessiné. J’ai en quelque sorte arrêté le dessin pour la musique à cet âge-là. Et je me suis remis au dessin il y a quatre ans.

Êtes-vous passé par une école d’art ?
Je l’ai fait. C’est sans doute la raison pour laquelle j’ai arrêté le dessin. Ce fut une expérience assez effrayante. C’était tout le temps des critiques et tout ce qui va avec, mais je n’ai pas vraiment envie de parler de ça.

Et vous avez eu un BFA (bachelor of fine art)…
Oui j’ai un BFA. Je ne faisais pas vraiment toutes ces choses comme peindre sur des toiles, peindre sur du papier… je ne voulais rien dépenser en fourniture. C’était assez « cheap » en fait. Mais j’ai quand même passé une bonne première année. Par contre, pendant les deux suivantes j’étais vraiment perdu. Tout le monde semblait en savoir plus sur le travail des autres. Je trouvais ça étrange

Alors vos dessins n’étaient pas les mêmes après votre passage à l’école ?
Ils étaient probablement différents. En grandissant, je pensais que les meilleurs artistes étaient ceux qui réussissaient les images les plus réalistes. Ce que je crois être une réaction assez commune chez les jeunes qui veulent devenir les meilleurs dessinateurs. Je crois que mon premier but artistique était d’être le meilleur de ma classe en dessin. Je m’entraînais pour ça. Voilà en quelque sorte pourquoi j’ai arrêté. J’étais presque embarrassé du fait que mes œuvres ne voulaient rien dire. Ça n’avait pas de propos mais c’était juste… Non, ce n’est pas entièrement vrai. J’ai dessiné des mains pendant deux ans. De seize à dix-huit ans. Je ne sais pas pourquoi. Je crois que je voulais juste dessiner sans avoir à penser à ce que je dessinais. Mais je ne sais toujours pas ce qui se produit réellement avec le dessin.

Est-ce que le moment où vous vous êtes remis à dessiner correspond au moment ou vous avez commencé à enregistrer des chansons ?
Je réfléchis…….Peut-être que je ne me suis pas arrêté si longtemps. Maintenant que j’y pense. Peut-être que j’ai seulement arrêté… peut-être que je n’ai jamais arrêté en fait. Mais pendant cette période, je commençais juste à faire des choses pour la musique, comme concevoir des flyers. Surtout des flyers et des t-shirts. Je crois que c’est tout ce que j’ai fait pendant une longue période. Car je voulais vraiment être un groupe. Je voulais faire ça. Je pensais que c’était une vie plus passionnante que celle d’un artiste. La plupart du temps, je faisais des design de t-shirts et de flyers parce qu’on n'avait pas encore enregistré de morceaux. Ensuite j’ai commencé à très mal dessiner, à faire ces choses que je trouvais tellement cool. Des sortes de dessins négligés. Je n’y portais pas une grande importance. J’ai commencé… j’essaye de me souvenir de ce qui m’a poussé à dessiner à nouveau. Je crois que ce sont les amis. J’ai eu de nouveaux amis et ils dessinaient toujours. Mais je ne me souviens plus exactement. En fait, je dessinais lorsque j’étais chez eux.
Mon ami Phil, des groupes The Microphones et Mount Eriee, a fait ses disques peints à la main. A l’époque il était déjà un musicien très établi et m’a proposé d’en peindre autant que je voulais. Alors j’étais très content d’avoir toutes ces surfaces à recouvrir. Il a beaucoup aimé. Pourtant je n’avais pas dessiné depuis un moment et personne n’avait été intéressé par un de mes dessins depuis si longtemps que j’avais comme oublié que je savais faire ça.
Alors je pense que du fait qu’il ait réagi de cette façon : « hey, c’est très bon », cela m’a aidé à m’y remettre.

Dans vos albums, on peut entendre des mélodies à la guitare qui sont assez similaires à d’autres sur d’autres albums, mais avec des paroles différentes. Est ce que vous ressentez la même chose dans vos dessins ?
On parlait de ça l’autre nuit. On parlait de ça avec des amis. Je jouais une nouvelle chanson, et je réalisais que deux autres lui étaient identique mais dans un tempo différent. Le vitesse était peut être différente mais les accords se suivaient de la même façon. Alors je me suis mis à penser que je n’avais écrit que trois chansons différentes et que je les répétaient encore et encore...Dans un sens, ce sont les mêmes accords avec de sensibles différences dans leurs relations, mais on dirait qu’elles appartiennent à des familles. Je pense qu’il n’existe peut-être que trois sortes d’images dans ce que je fais. Ou peut-être quatre. Mais je sais que j’ai quelques différentes façons de les faire et j’alterne entre celles-ci. Des sortes de filtres différents pour différents types d’expressions.


Comment composez-vous un dessin, comment procédez-vous? Est-ce que vous faites un brouillon et puis…
Non. Pour moi, la plupart du temps, ce que je trouve excitant dans toutes sortes d’art ou de musique, c’est le degré d’improvisation. Car au moment de le faire, comme à dit Yoda, il faut choisir entre le faire et ne pas le faire. Je sens qu’il n’y a pas besoin d’entraînement, je sens… La relation que je veux avoir avec mon art est la suivante : si je suis en train de le faire, je veux penser que je suis en train de le faire. Et si je ne suis pas en train de le faire, je ne le fais pas. Je ne veux pas d’un entre-deux. Alors de cette façon j’adore les premières prises, les premiers enregistrements. J’essaye toujours de garder la première prise. Je n’essaye pas de reprendre, pour ne pas avoir à me répéter. C’est une sorte de fixation, je suis du genre : « okay, si tu enregistres et que c’est à la fois source d’excitation et de peur, cela signifie que ce que ce que tu es en train de faire est proéminent, que ce que tu fais tu es justement en train de le faire. ». Je privilégie cette manière d’agir à la place des répétitions.

Voyez-vous la musique comme quelque chose de collectif ? Je sais que vous aimez jouer avec d’autres musiciens, et d’un autre coté je pense que le dessin est quelque chose d’assez solitaire. Est-ce plus facile pour vous de trouver de l’inspiration seul ?
C’est le plus souvent tout seul que vient l’idée première. Mais par exemple, avec la musique, jouer avec d’autres peut être bien plus gratifiant car tu n’as pas la responsabilité de tous les sons. Je ressens cela plus comme le fait d’avoir une relation avec une chose extérieure à soi. C’est aussi le fait de devoir travailler avec d’autres sons… Il est difficile de jouer de vieilles chansons sans un groupe. J’ai beaucoup de mal à prendre du plaisir en jouant une chanson que je connais par cœur. Pour moi, c’est comme ne rien faire. Pour d’autre, ça doit sûrement être différent. Certains sont comme moi, d’autres font autrement mais…. J’aime jouer avec des musiciens quand on a seulement répété une ou deux fois. C’est encore neuf, alors chacun essaye de rester dedans. Ca sonne mieux, selon moi c’est plus excitant.

Etes-vous plus à l’aise avec une guitare ou avec un pinceau dans les mains ?
C’est la même chose pour les deux : ça dépend si tu as envie de le faire ou bien si tu sens que tu dois le faire. Avec le dessin, je dois vraiment le faire. Il n’y a jamais de… quant à la musique, si tu as un concert, tu dois jouer à vingt-deux heures. Mais je peux aussi mélanger les deux. C’est la même chose que d’être dans l’instant, c’est comme une limite de temps, contrairement au fait de jouer pendant trois heures « lalalalala », ça peut déterminer le début le milieu et la fin. C’est assez important.

Avez-vous des « périodes d’inspiration » ?
J’ai réalisé que je dessinais et peignais plus fréquemment que je n’écrivais de chansons. Je rentre dans des phases lorsque j’écris des paroles, même si je ne sais jamais vraiment à quel moment ça va se produire. Mais, avec à la base une pratique journalière du dessin, ça me donne la sensation d’avoir un travail. Même si je pouvais peindre ou dessiner seulement un mois dans l’année, vivre de ça et ne rien faire le reste du temps, ça n’aurait pas de sens, je deviendrais fou. Il me faut un but. Même si c’est à la fois un but abstrait ; car je ne sais pas toujours où mes dessins vont me mener. Comme je ne sais pas jusqu’où je vais les mener non plus. Alors je dessine et plus tard je joue au curator en les accrochant, puis en les vendant. Ça a été très dur pour moi la première fois. Surtout pour les dessins que j’aimais beaucoup. J’étais comme « ohhh, okay, adieu, peut-être qu’on se reverra un jour ».

Pour cette exposition, est-ce que ce sont vos derniers dessins ?
Ils sont assez récents. Ils datent de janvier à récemment. Certains n’ont que quelques semaines. Il y en a un que j’ai réalisé le 2 janvier. Mais nombreux sont ceux que j’ai dessinés en deux jours. J’ai vu une exposition géniale à laquelle mes amis participaient dans l’Indiana. Il y avait les travaux de Nat Russel et je me suis demandé : « Comment a- t-il fait ça ? Comment a-t-il fait ces énormes personnages coupés dans du bois ?». Ils étaient grandeur nature, très bien peints, c’était net et ça donnait vraiment bien. Alors j’ai demandé combien de temps ils avaient mis pour monter l’exposition et ils m’ont répondu : « deux jours ». J’ai fait « waaao ». Ce gars est venu dans la galerie sans aucune oeuvre. Il a conduit jusqu'à cette ville et a travaillé pendant deux jours complets pour monter toute l’exposition. J’étais soufflé. Ensuite j’ai pensé à toute cette urgence que ça impliquait alors que j’ai presque des problèmes avec cette chose préméditée à propos du faire ou ne pas faire. Si j’ai cinq mois pour créer les œuvres de l’exposition, c’est un peu trop long pour y penser. Et je me dirais : « oh, en cinq mois, je peux faire tout ce que je veux » mais je ne le fais pas. Je ne peux pas travailler tous les jours pour une seule exposition. Mon esprit ne supporte pas. J’ai monté certaines expositions très rapidement mais ce que je trouve le plus dur, c’est de valider le travail si l’inspiration vient trop rapidement.
La distance qu’il me faut pour m’en séparer, est en fait une transformation du processus. Alors que quand ça reste trop longtemps à la maison, je suis du genre à me gratter la tête, à demander à ma copine : « est ce que tu trouves ça bien? » Parce que j’en sais rien. « Est ce que ça va ? ». Car c’est toujours différent de ce que j’ai fait avant. Voir mon travail encadré, accroché, me satisfait beaucoup. Bien plus que vous n’auriez pu imaginer. Ca change tout. Une distance est marquée. C’est ce dont j’avais justement besoin pour pouvoir apprécier de la même façon qu’un visiteur. Au début, je me reconnaissais trop et craintivement, je les mettais dans le tube, fermais en espérant que ça arrivera à bon port. Avec l’art je ne me vois certainement pas comme quelqu’un de confiant.

Y a t’il un environnement spécial quand vous dessinez?
Je ne m’en suis pas rendu compte ou je n’en ai pas trouvé un meilleur que les autres. J’y ai réfléchi et j’ai commencé à me dire que peut-être, l’unique règle est que vous changiez tout le temps en essayant de surfer la vague de ces conditions de façon à toujours aller de l’avant. Se réveiller, boire beaucoup de café et beaucoup dessiner… tout simplement. Si je ne faisais que ça de ma journée, ça pourrait être très bien. Mais le mauvais côté, c’est que je ne ferais pas d’exercice. Physiquement je commencerais à me sentir mal. Si c’est le cas, je me dis que je devrais me lever et aller marcher pendant trois heures pour me remettre les idées en place. Ensuite, tu peux rentrer chez toi et dessiner pendant quelques heures. Donc je n’ai jamais élaboré de méthodes, de formules ou toute autre manière de contrôler ça. On dirait quelque chose de cathartique.


Comment avez vous rencontré Yves Brochard, le commissaire de cette exposition ? Il avait déjà fait ça pour Jad Fair, Daniel Johnston, Raymond Pettibon et vous maintenant…
On s’est connu en correspondant par e-mails. C’est une sensation assez bizarre d’être proche d’un commissaire ou d’un expert en art établi. Je trouve ça surprenant. J’avais toujours pensé ce que je faisais comme la chose la plus éloignée de toute personne du milieu de l’art, ou qui gravitait autour. C’est étonnant d’une certaine façon, que l’on m’associe à cette personne que l’on associe avec ces gens dont j’ai entendu parler et qui sont très connus.

Qu’est ce que ça fait d’avoir une exposition personnelle?
C’est vraiment très bien. C’est étrange aussi. En arrivant ici, je n’avais pas revu mes dessins. Encore moins ceux qui avaient été accrochés ensemble. Alors j’ai soudainement ressenti de la distance vis-à-vis d’eux. J’avais peur que le verre fasse l’effet d’une loupe et rajoute des reflets. J’aime bien ce degré supérieur de séparation où je deviens plus spectateur. J’aime presque plus voir des reproductions en couleurs que les originaux. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être que ça vient de mes yeux. C’est bizarre mais j’aime beaucoup regarder des reproductions. Les œuvres ici sont comme amenées à un nouveau niveau où, parce qu’elles sont encadrées, elles vont ressembler à des reproductions. Le verre rend l’image plus précise ou plus plate. Je ne sais pas, c’est totalement différent.

…Quand vous voyez des reproductions, vous ne voyez pas l’émotion que vous avez mise dedans, et de cette façon vous avez une vision plus…
Plus objective c’est sûr. Cette séparation est comme la bonne surprise. C’était inespéré parce que je me disais : d’un côté, elles me sont si familières. Comme si j’avais tourné autour pendant trop longtemps. Maintenant, c’est presque devenu une nécessité de les exposer.
J’avais ce livre dans lequel je dessinais et j’étais arrivé à un point où ça n’avait plus aucun sens pour moi de m’asseoir et de regarder ces dessins. J’avais le sentiment que je devais apprendre. J’étais bien embêté la première fois, quand je devais envoyer mes dessins pour une exposition. Je n’avais jamais fait ça auparavant, je ne savais pas comment faire, je ne savais pas non plus comment choisir ce qui allait ensemble. Alors je les ai tous mis à plat. Je devais envoyer deux séries de travaux alors je réunissais certaines œuvres ensembles, en espérant que ça soit ça et puis je les ai envoyées. Maintenant, je vois ça comme un aboutissement. Ça fait parti du processus. Quand je dessine, je sais que je vais aimer le dessin pendant une brève période, ce qui est la meilleure chose autant pour moi que pour le dessin. Si ça reste accroché sur mon mur pendant deux ans, si je l’ai fait de mes propres mains, je vais commencer à le regarder et me dire que j’aurais pu faire mieux. Car tu approuves tout le temps ton travail, mais je ne pense pas que tu puisses avoir une vision objective des avis d’autres gens car tu étais présent lors de la création. Alors j’aurais plus facilement le dessin de quelqu’un d’autre sur le mur.

Vous utilisez principalement des nuances froides du bleu au vert et Des nuances chaudes du orange au rouge. Je me demandais pourquoi vous étiez attaché à ces deux nuances.
C’est juste ma combinaison de couleurs préférée. Visuellement. J’ai remarqué que dans l’Art Nouveau, beaucoup de peintres utilisaient l’orange et le bleu. Hier, au Centre Pompidou, je me baladais le long de ces tables. Et j’ai remarqué que beaucoup d’œuvres de la période Art Nouveau contenaient les vibrations de ces couleurs complémentaires.

C’est comme le fait que vous portiez un pull-over bleu turquoise sur votre peau bronzée…
Alors je suis coordonné ! C’est sûrement devenu totalement obsessif puisque je m'attaque maintenant aux choses les plus banales... « Non ! Tout doit être bleu et orange! ».

Souvent, on voit des phrases dans vos dessins, Vous développez aussi une typographie particulière. Est-ce parfois pour expliciter vos dessins ou bien voyez vous l’écriture comme un dessin puisqu’ après tout c’est aussi une ligne?
J’aime dessiner mes lettres d’une façon particulière. L’écriture est comme un genre de dessin. J’ai remarqué que mon écriture avait constamment changé au fil des années. Maintenant, et c’est peut être parce que je dessine plus qu’avant, j’écris chaque lettre comme si c’était un dessin. Ce sont des genres de poèmes et j’aime cette idée de poème.

Mais parfois ce sont des vers que l’on retrouve dans vos chansons
Occasionnellement. Je pensais sûrement à la même chose.

Il y a quelque chose de particulier avec les chanteur-songwriters et artistes dans l’évocation des couleurs et des sentiments. Dessinez vous de la même manière que vous composez des chansons ?
Je serais plutôt du genre à composer des chansons lorsque je dessine, mais pas forcement. Non, j’ai probablement tenté toutes les combinaisons possibles. J’ai ce petit carnet dans lequel j’écris. Parfois quand je me sens las d’écrire, que je n’arrive plus à réfléchir, je commence à dessiner dedans. Donc, j’ai sûrement agi des deux façons.


Photos by Carlos Cardenas

Kyle Field
"An eye in the night"
Curated by Yves Brochard
du 1er au 29 avril
Atelier Cardenas Bellanger
43, rue Quincampoix
Paris
Ouvert du Mardi au samedi, de 11h à 19 h

Atelier Cardenas Bellanger : http://www.ateliercardenasbellanger.com
Kyle Field : http://www.kyledraws.com

Remerciements : Carlos Cardenas & Amélie Bellanger Mathieu



joey


Interview Kyle Field
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