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Rone On parcourt véritablement la musique de Rone. Son premier album « Spanish Breakfast » a été construit pour procurer le plaisir d’une attente récompensée. Rencontre avec Erwan Castex. "Spanish Breakfast" est une histoire faite de chapitres. C’est plus qu’un album formé d’une simple suite de morceaux. Raconter une histoire ou un voyage est la première des tes intentions ? Je ne voulais surtout pas que ce disque sonne comme une compilation de morceaux mis bout à bout, et je l'ai un peu conçu comme une histoire, c'est vrai. Je tenais à ce qu'il y ait une introduction, une interlude, une fin et donc, finalement, une sorte de parcours avec une une continuité, une progression... C'est ce que permet le "format" album: avoir le temps de poser les choses. Avec l'évolution de l'industrie musicale, peut-être qu'on est en train de vivre les derniers jours de ce format. Aujourd'hui on achète ou on crack les morceaux à l'unité sur internet, chacun fait ses propres mix ou écoute sa "banque de sons" de manière aléatoire avec un lecteur mp3. Je ne trouve pas ça "mieux" ou "moins bien": c'est juste une manière différente d'aborder la musique; mais personnellement j'aime me plonger le temps d'un disque dans le "monde" d'un musicien que j'aime: on prends le temps de se poser, on se laisse entraîner, on se perd, comme devant un film ou une peinture, et il se passe souvent pleins de choses. Quelle est cette histoire ? Je ne raconte pas une histoire au sens de "récit"... c'est plus abstrait... Je cherche surtout à poser une atmosphère qui fasse de l'album une entité avec une vraie cohérence: un univers. Après, chacun invente ou vit sa propre "histoire" dessus. C'est toute la force de la musique. Le cinéma, que j'adore, laisse quand même moins de liberté au spectateur, moins de place à son imaginaire. On peut interpréter de manière très personnelle un film mais l'histoire reste imposée: le réalisateur et les acteurs nous prennent par la main pour nous faire croire à ce qu'il veulent raconter. Un album ne raconte jamais deux fois la même histoire. C'est presque un challenge que de concevoir un concept album en 2009 ? Cela nécessite de faire particulièrement attention à quoi ? A rien. Ca, ce sont les problématiques des labels, des distributeurs... mais quand on fait de la musique, il ne faut rien craindre et faire le truc comme on le sent, le plus sincèrement possible. Je ne suis pas sûr de moi, et je me remet tout le temps en question, mais j'évite de me demander: "est-ce que ça va marcher...?", sinon je risque, soit de devenir fou, soit de faire de la merde. L'écoute est aventureuse et un imaginaire se construit peu à peu. J'ai l'impression de retourner vers le début de la techno. Tu essayes de poursuivre ce chemin ? Pour te dire la vérité je ne sais pas trop quel chemin je poursuis... :) j'avance à tâtons... j'expérimente, pleins de choses très différentes en ce moment, j'essaye d'être surpris, et le chemin se trace tout seul au fur et à mesure. Je n'ai pas vraiment d'objectif, je fais les choses que j'ai envie de faire. Je pense qu'il faut "faire" et après, seulement, théoriser ou essayer de comprendre, de trouver un sens. La Science fiction est présente dans ce disque ainsi que le futur. Quelles sont tes préoccupations sur ces sujets et les visions que tu projettes dans ta musique ? Ca c'est sûrement dû à ma rencontre avec l'écrivain Alain Damasio... Son livre la "Zone du Dehors" m'a mis une vraie claque, j'y pensais souvent en produisant l'album. J'aime la science fiction d'anticipation, qui mets une loupe sur tout les petits travers de la société contemporaine, qui les grossit pour les rendre évident et effrayant. Ce genre littéraire peut réveiller des consciences, mais le problème c'est que, souvent, c'est très noir, très pessimiste, et finalement un peu décourageant. La force des livres de Damasio c'est que, au contraire, ils te donnent envie de te lever, de lutter, de vivre. De la même manière, je voulais que l'album ne soit ni totalement "dark" ("tout est foutu") ni trop léger ("tout va bien"). Je pense que la vérité se situe entre les deux. Je pense que le morceau avec les textes de Alain Damasio est un tournant du disque. Nous passons du réveil (calme, retenu) à l'éveil (énergie, engagement). Est-ce le cas ? Pourquoi ? Oui, c'est vrai. Pour moi ce morceau est un peu le coeur de l'album et marque un tournant dans son évolution, il le coupe en deux. Le morceau lui même est structuré en deux parties: il commence calmement puis devient plus énergique. C'est un moment où je voulais passer à quelque chose de plus dynamique, de plus nerveux même. Non pas que je reniais les morceaux plus doux et plus léger de la première partie mais parce que je ressentais le besoin de sortir de l'état un peu "rêveur" dans lequel ils m'avaient laissé. Un mouvement mélodique qui soutient le morceau "poisson pilote" émerge dans "Tasty city" et devient plus détaillé. Quel est le parallèle entre ces deux morceaux ? J'avais ce thème en tête, et je voulais l'utiliser de différentes façons. J'ai fait ces deux morceaux à la suite mais pour moi, au départ, ils ne formaient qu'un seul et même titre. Mais de manière général, on peut considérer que l'album n'est qu'un long morceau de musique. Ce sont ce genre de liens mélodiques entre les différents morceaux qui font finalement vivre l'histoire ? Entre autres. Je voulais faire des rappels en essayant, bien sûr, de ne jamais me répéter. Faire apparaître une mélodie ou un certain type de sonorité, les faire disparaître et les faire revenir dans un autre morceau, avec de nouvelles formes; un peu comme des personnages qui évolueraient dans différents paysages... Thibaut Villemont |
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